Les expressions tronquées

Il y a des expressions qui n’ont pas besoin d’être dites en entier, car on sait exactement de quoi on parle.

Il y a une scène intéressante dans le film Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, où la collègue d’Amélie fait passer un petit test de culture général au futur prétendant, à base d’expressions populaires : « À bon chat… bon rat », « Une hirondelle… ne fait pas le printemps », etc.

Nos esprits sont donc parfaitement mûrs pour s’accommoder de l’histoire suivante :

J’étais dans les transports[1] en revenant de la salle[2] (ouais, je n’ai plus le permis[3]), lisant l’histoire de ces gens morts dans les camps[4], et au moment où le métro arrive il y a un cassos[5] – si ça se trouve il était en instance[6] – qui fait une tentative[7]. L’histoire a beaucoup tourné sur les réseaux[8].

Si vous avez plus de 60 ans (ou peut-être seulement plus de 30 et là ça peut être grave), je vous donne le décodeur :
[1] en commun
[2] de sport
[3] de conduire
[4] de concentration (ou d’extermination)
[5] cas social
[6] de divorce
[7] de suicide
[8] sociaux (oui, on devrait dire les médias sociaux, mais ce n’est pas le sujet)

Et dans quelques années on pourrait très bien aller encore plus loin :

« Je me rendais sur mon lieu, et on allait boire un. »

Finalement, on comprend très bien, non ?

Parlons court !

Avec le temps, certains mots raccourcissent.

On peut choisir entre l’auto, le vélo ou le métro, car de moins en moins de gens disent automobile, vélocipède ou métropolitain en utilisant le mot complet, en tout cas plus vraiment dans les phrases de tous les jours.
Pour aller où ? Au cinématographe, bien sûr ! Pardon : au cinéma. Enfin… au ciné.

Les mots de la vie courante retrécissent, un peu comme un pull lavé trop souvent.

D’ici peu, on prendra l’au, le vé ou le mét pour aller au ci. Enfin, pour l’au, ce n’est pas sûr, avec la fin de la civ du pétr, mais bon c’est un autre déb.

La joie de Marie Kondo

Il y a chez un peu nous tous des objets utilitaires pas intéressants ni amusants, par exemple :

  • la poubelle
  • les poignées de porte
  • le tube de dentifrice
  • les serrures
  • la brosse des toilettes

Aucun de ces objets ne m’apporte de la joie, loin de là.

Désolé pour eux, mais désormais j’applique les préceptes de Marie Kondo de la manière la plus stricte possible : tout ce qui ne m’apporte pas de la joie, je le dégage illico.

Depuis, mon appartement est quand même un peu étrange…

La non-gravité

On a déjà parlé de la « loi de la non-gravité », qui consiste à répéter toute la journée que « ce n’est pas grave ».

Maintenant, revenons quelques siècles en arrière, au XVIIe siècle, en Angleterre, plus précisément.

Isaac Newton encore bébé fait ses premiers pas, sur le sol en bois du domicile familial. Et ce n’est simple pour lui. Car il essaie de marcher mais, boum, une fois de plus il se vautre lamentablement au sol et doit se relever, avant de tenter un nouvel essai, tout aussi foireux. Pris de désespoir, il ouvre grand la bouche dans le but de hurler, mais cela fait choir la tétine, qui s’écrase au sol.

Pauvre Isaac, surtout quand on pense que tous les adultes autour de lui, qui l’aidaient à se relever ou lui redonnaient sa tétine, gluante et pleine de sciure de bois, étaient rigoureusement incapables de lui expliquer pourquoi c’est vers le sol que l’on tombe.

On pourrait manger par terre

Encore une expression mystérieuse.

Lorsqu’on raconte de manière élogieuse la propreté d’un lieu, il nous arrive souvent de sortir cette phrase : « On aurait pu manger par terre. »

Alors, moi je veux bien, mais je ne vous encourage pas à le faire.

Car je vous connais. Ah oui, au début, tout est bien propre dans ce lieu. Mais déjà, vous arrivez ici avec vos chaussures d’extérieur, et comme il pleut et que vous avez pris le petit chemin de terre comme raccourci, mon sol n’est déjà plus aussi pimpant que tel que vous l’avez trouvé en arrivant.

Et puis, maintenant, voilà que vous êtes tous assis par terre, vos sacs posés néglimment sur le sol à côté de vous. Et voilà que vous déballez un peu tout, mais dans l’enthousiasme de votre repas, voici déjà quelques miettes qui tombent du paquet au moment où vous l’ouvrez. Et puis il y en a qui mangent salement. Je vous vois aussi, avec vos plats en sauce, ça fait des gouttes qui tachent le sol parce que vous êtes un peu négligents. Et les auréoles de vin sous le pied de vos verres, ne me dites rien, je sais que ça va arriver, au moins pour une personne parmi vous. Quand ce n’est pas carrément le verre renversé d’un mouvement maladroit. Et vous pensez vraiment que vous allez nettoyer, non, je vous connais trop bien, fourbes comme vous êtes.

Voilà, on pouvait manger par terre, pensiez-vous. Mais au moment de votre départ, ici j’ai l’impression que c’est une porcherie.

Une affaire de proportions

Il y a 8 jours, nous étions cinq ou six dans un car tout neuf, en direction de Troyes.

J’y étais là à boire des demis avec ma moitié, qui avait une quinte de toux.

Surgit un tiers, le gars du sixième.

Moi, vous me connaissez, je suis quelqu’un de très entier…

L’enfant au walkman

Les vieux réacs sont toujours prompts à nous rappeler que les jeunes ne savent plus écrire.

Mais grâce à Julien Clerc, on sait aussi qu’en calcul ils ont des lacunes assez sérieuses.

Il ne sait même pas compter jusqu’à trois, mais il connait le nom de tous les groupes anglais, l’enfant au walkman.

C’est bête car cet enfant connait certainement les Beatles mais il galère pour compter le nombre de musiciens.
Pour les Stones c’est déjà plus dur car il y en a un de plus.
Et il ne faut pas lui parler de Electric Light Orchestra ou de Wizzard…

Une histoire de degrés

— Il est très « premier degré », en fait ?
— Qui ça ?
— Mon cousin au deuxième degré.
— Ah oui, celui qui s’est brûlé ?
— C’est cela. Au troisième degré.

On choisit pas sa famille

Une célèbre chanson de Maxime Le Forestier a pour refrain :

On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille.

C’est bien pour cette raison que les pays de l’Est parlaient du grand frère soviétique. Ils ne disaient jamais que c’était un pote.

Vladimir

Il avait un joli nom mon guide.
Vladimiiiir.

Moscou, les plaines d’Ukraine et les Champs-Élysées.
On a tout mélangé.

Voilà, voilà, merci Gilbert.