Où sont-ils ?

Il y a des expressions bien étranges parfois.

On doit se demander pourquoi on ne parle jamais d’eux :

  • le premier des Mohicans
  • l’aîné de mes soucis
  • une grande signature, svp
  • les jours de petit froid
  • le type qui j’appelle mon bras gauche
  • le premier monstre sacré
  • le Prince-consort des Neiges
  • les petits esprits qui se rencontrent (ou pas)
  • la personne qui est née de la dernière pluie
  • les parents de la patrie
  • le petit public
  • celui qui a une case en plus
  • le type qui a deux mains droites

Les comparaisons

Demande-toi à chaque fois lequel est le plus élevé des deux, et ensuite essaie de voir si la hiérarchie s’est déjà inversée à certaines étapes de ta vie :

1) La moitié de ton poids par rapport à ton âge en années.

2) Ta température corporelle par rapport aux nombre d’heures par semaine pour lesquelles tu reçois un salaire.

3) Ton nombre d’enfants par rapport à l’étage où se situe ta chambre à coucher.

4) Le nombre d’années passées à l’école par rapport au nombre d’années passées à dormir (1/3 de ton âge si tu dors 8 heures par jour).

5) Le nombre de paires de chaussettes par rapport au nombre de paires de chaussures.

6) Le nombre de grains de céréales que tu verses dans ton bol du matin par rapport au nombre de professeurs que tu as eus tout au long de ta scolarité ou de tes cours annexes.

7) Le nombre de personnes différentes à qui tu envoies des messages électroniques sur les 7 jours écoulés par rapport au nombre de personnes à qui tu as dit bonjour de vive voix.

Ah, les bonnes résolutions…

Il y a certaines personnes pour qui c’est un rite sacré.

Le 1er janvier on remet tous les compteurs à zéro et c’est reparti pour une nouvelle année. Et il y a dans certains cas l’ambition de faire mieux, ou de s’améliorer. Ce qui est déjà un très bon point de départ : la véritable amélioration est toujours par rapport à soi-même (plutôt que de chercher d’être mieux que le voisin).

Chez beaucoup de gens, il s’agit souvent d’ambitions positives (faire plus de sport, mieux dormir, se mettre à la peinture ou à une quelconque activité qu’on a repoussé sans cesse), ou pour éliminer le négatif (arrêter de procrastiner, regarder moins la télévision ou les réseaux sociaux, etc.). Raison pour lesquelles on parle souvent de « bonnes résolutions ».

D’ores et déjà cela pose une première question : peut-on prendre de « mauvaises résolutions » de Nouvel An ? En déclarant que cette année on veut être plus stressé, prendre du poids, vivre comme un porc et arrêter de faire le ménage, que ce soit encore plus le bordel dans les objets de la maison, se mettre à la malbouffe, etc.

Ensuite, si on est une organisation comme l’ONU, qui prend régulièrement des résolutions. Est-ce qu’on en ajoute une petite supplémentaire le 1/1, comme ça, vite fait ? Par exemple pour demander d’arrêter les guerres, ou au moins de se fixer jusqu’à la fin de l’année pour y parvenir.

Autre axe de réflexion : une résolution de Nouvel An est très rarement quelque chose qui a vocation à être exécutée uniquement sur l’année. En général, c’est quelque chose qu’on veut garder dans sa vie. On imagine mal quelqu’un décider de se mettre à la peinture le 1/1, faire tous les apprentissages tout au long de l’année, créer une toile, puis une autre, rectifier le trait, améliorer la précision, puis déclarer solennellement au soir du 31/12 : « Voilà, c’est bon, je l’ai fait, j’ai vu que j’adorais ça et qu’en plus j’avais du talent. Eh bien, désormais, je jette mes pinceaux et je ne peins plus rien. » Ou pour ceux qui ont souhaité maigrir de s’autoriser à reprendre les kilos péniblement perdus.

Enfin, sachez que la question a déjà été étudiée, pour mesurer chez des gens quel était leur capacité à tenir toute l’année avec leurs résolutions auto-proclamées. Le résultat des études est sans appel : chez une grosse majorité de gens tout dégringole après quelques jours ou quelques semaines, avec une sorte de point de bascule terminal à la fin de la troisième semaine chez les plus tenaces. Notez déjà le rendez-vous dans votre agenda, à votre convenance entre le 21 et le 23 janvier. Vous pourrez reprendre votre papier de début d’année et vous rendre compte que vous avez déjà cessé quasiment tout ce que vous y aviez claironné. On en voit même qui renient leurs résolutions, se dédouanant habilement au motif qu’un engagement pris un lendemain de fête où on n’avait probablement pas les yeux en face des trous, ne vaut certainement pas grand-chose. Et pour les résolutions même pas entamées, ils peuvent toujours se rassurer à bon compte en se rappelant qu’il reste encore un peu plus de 11 mois pour entamer la liste et que s’ils accomplissent quelques foulées début mai quand il commencera à faire beau, eh bien c’est suffisant pour cocher la case « Se mettre au sport ».

Bon, il existe quand même quelques moyens d’y arriver : ne pas se fixer un objectif trop ambitieux ou qui implique un changement trop radical, et ça marche souvent mieux si on a écrit les objectifs et si ses proches sont au courant (eh oui, nous sommes des animaux sociaux et la discipline arrive dans ce cas par crainte du jugement des autres), le mieux étant même de s’y mettre en groupe en créant une émulation permanente.

Pour finir, et puisque vous lisez probablement ceci sur un écran, je vous propose le nombre suivant : 3 840 × 2 160, ce qui fait 8,3 millions de pixels. Certes, on trouve sans doute mieux ailleurs, mais c’est déjà une bonne résolution, ça.

Passez une bonne année quand même !

Des phrases incohérentes

Certaines phrases surprendront toujours par leur manque de clarté.

« Il est entre la vie et la mort »
Bien sûr qu’on comprend : il est dans un état grave, probablement pas conscient, et à ce stade il aurait même une probabilité élevée de mourir ou de rester dans un état végétatif, voire sérieusement diminué.
Mais une chose est certaine : il est vivant.

« Le pronostic vital est engagé »
Quand on y réfléchit, c’est plutôt le pronostic de mort qui est engagé à ce stade.
Ou alors on devrait dire que son pronostic vital – qui était de 100 % jusqu’il y a peu, quand la personne allait très bien – vient de se détériorer fortement.

En chanson

  • Tombola neige (Adamo)
  • Mambo sapin
  • Mozart-mes, citoyens !
  • Cantona que l’amour (Jacques Brel)
  • À six sur le rebord du monde (Francis Cabrel)
  • Avec l’OTAN (Léo Ferré)
  • La BM (Charles Aznavour)
  • Boum! (Ben Laden, reprise de Charles Trénet)
  • Le mâle de toi (François Feldman)
  • Les mari honnêtes (Christophe)

Générateur d’excuses

Avouons-le : la crise du coronavirus peut être une aubaine pour plein de trucs.

Si vous êtes dirigeant d’un État ou d’une entreprise, « la crise » est l’épouvantail idéal pour réduire les acquis, baisser les salaires et la protection sociale, mettre l’état de droit un peu en veilleuse, refuser des dépenses, renier des engagements passés. Si tu n’es pas content, sache qu’il y en a plein d’autres qui le prendraient, ce job, et pour moins cher, alors estime-toi heureux d’être encore là.

Il y a une illustration très sympa qui circule sur le net1 où on voit deux mendiants avec chacun un écriteau. Le premier : « Will work for food » et le second : « Will work for less food ».

Si votre métier est de publier des statistiques, et surtout de les commenter, ou tout simplement si on vous demande de justifier vos résultats ou vos ventes, cette année offre une brochette d’excuses à foison pour expliquer vos mauvais chiffres. Ça marchera encore en partie pour 2021, année encore en crise pour une partie, et gageons qu’en 2022 et au-delà on pourra encore réutiliser quelques arguments, pour tous les domaines où l’activité n’a pas repris exactement comme dans le monde d’avant.

Ci-dessous une liste non exhaustive, et à compléter en cours de route, des phrases qui font mouche à tous les coups :

  • Étant donné les circonstances exceptionnelles.
  • La pandémie a fait valser les habitudes.
  • Vu l’ampleur de cette crise sans précédent.
  • 2020 ayant vu la plus grande crise sanitaire et économique depuis la Seconde Guerre mondiale.
  • L’urgence sanitaire commande de modifier certaines pratiques.
  • L’année 2020 ne peut être comparée avec les autres années.
  • Il y aura désormais un avant et un après. Ceci doit nous pousser à réfléchir autrement.
  • La crise est passée par ici.
  • On ne peut pas faire comme si cette crise n’avait jamais existé.
  • Étant donné l’urgence de la situation, il a été impossible de réunir tout le monde, aussi ai-je décidé que…
  • Tout ça c’était encore valable dans le monde d’avant.
  • Malheureusement, le coronavirus est passé par là.
  • Qui aurait pu prévoir qu’un virus dévastateur vienne chambouler notre quotidien/notre économie ?
  • Tout ayant été bouleversé par cette crise, il est urgent de redéfinir de nouvelles règles du jeu.

(1) Illustration non libre de droits, désolé, je ne peux pas la mettre ici.

Comment choisir sa phrase de rupture

On le dit sans cesse, la communication dans un couple, c’est la base, le ciment du couple comme le martelait Xavier Dupont de Ligonnès.

Et il importe de bien choisir sa phrase de rupture pour ne pas brusquer l’être (autrefois) aimé.

Ne cherchez pas, il y a une phrase qui marche à tous les coups pour ménager la susceptibilité de votre partenaire.

« C’est pas toi, c’est moi. »

Je suis simplement trop faible pour encaisser tes coups.

« C’est pas toi, c’est moi. »

C’est simplement que je n’arrive pas à me faire à l’idée que tu me trompes.

« C’est pas toi, c’est moi. »

Je n’ai pas la peau assez dure, au propre comme au figuré, quand tu as bu un coup de trop et que tu te défoules sur moi.

« C’est pas toi, c’est moi. »

Je n’ai pas assez de courage pour faire tous les sacrifices que tu me demandes : quitter ma famille, ne plus voir mes amis, changer de pays, etc.

« C’est pas toi, c’est moi. »

Je ne parviens pas à supporter ton odeur, je suis désolée.

« C’est pas toi, c’est moi. »

Désolé, mais je supporte mal le GHB que tu me fais boire à mon insu, ce n’est pas de ta faute.

« C’est pas toi, c’est moi. »

J’ai échoué à gagner suffisamment d’argent pour nous deux, ne m’en veux pas.

Ne jamais confondre

Mieux vaut

Mieux vaut se sortir le cul des ronces que de se sortir les ronces du cul (aïe).

Mieux vaut chercher une aiguille dans une botte de foin que de chercher un brin de foin dans une botte d’aiguilles.

Mieux vaut une femme dans chaque port qu’un porc dans chaque femme.

Mieux vaut avoir le compas dans l’œil au figuré qu’au sens propre (aïe).

Mieux vaut de la confiture à la pêche que la pêche à la confiture (ça ne mord pas).

Mieux vaut avoir un petit verre dans le nez que le nez dans un petit verre.

Ne confondons pas

Ne confondons pas le tiroir de la cuisine avec la cuisine du terroir.

Ne confondons pas le vin d’ici et l’eau de là.

Ne confondons pas l’ouverture de la chasse avec l’intervention du plombier.

Ne confondons pas un nouvel engagé chez Esso avec une recrudescence.

Ne pas confondre la mère Rouge avec le père Vert (et je ne vous parle pas du cousin Peter).

Compter en pourcentages

Aujourd’hui nous traitons des approximations de la presse et du monde politique. Beaucoup parlent de chiffres à longueur de journée mais sont rarement des gens avec une formation scientifique ou mathématique.

La croissance ou la décroissance

Les pourcentages sont cumulatifs.

Quand on a 100 euros sur son compte en banque et l’année suivante on gagne 5 % de son patrimoine, on en a 105.

Si l’année suivante on gagne encore 5 % de patrimoine, on en a 110,25 €. C’est un peu plus que 10 %, c’est 10,25 %.

Parlons Covid : si le PIB chute de 20 % l’année 1, puis que l’année 2 il chute encore de 20 %, les commentateurs seront prompts à dire que c’est une chute de 40 % sur deux ans, autrement dit que 100 sera devenu 60.

Il n’en est rien. Continue reading

L’inventage de mots

Ce n’est pas nous qui avons commencé.

Décrédibiliser n’existe pas, on dit discréditer.

Dans les entreprises, les gens hésitent parfois s’il faut dire prioritiser ou prioriser. La réponse est simple : aucun des deux n’existe. Dommage, ce serait plus court que de dire qu’on veut octroyer la priorité à tel projet. Ceci étant, les entreprises sont souvent le royaume du franglais (on se fait un conf-call avant le board, okay ?) ; notre automate (*) se charge de les dénicher.

S’autocensurer, c’est prudent mais c’est quand même un sacré pléonasme, c’est l’équivalent de la ceinture et des bretelles, et ceux qui parlent de s’autocensurer soi-même sont probablement ceux qui y rajoutent un parachute. On pratique l’autocensure, inutile d’en rajouter.

Un piétonnier ça n’existe pas (en plus c’est super moche à dire), le mot correct est une zone piétonne.

L’année 2020 a entraîné son lot de mots utilisés n’importe comment : pourquoi parler d’enseignement en distanciel alors qu’existe le concept d’enseignement à distance ? Et se retrouver en présence d’autres personnes, c’est quand même plus joli à dire que cet horrible « en présentiel ». Si vous êtes assis dans votre fauteuil, vous n’allez pas commencer à raconter que vous êtes « en fauteuilanciel », que diable !

Exit (**) aussi les anglicismes : on trace vos contacts covid (inutile de parler de tracing), on pratique un test de dépistage (parler de testing, c’est grotesque et ça rallonge même la phrase pour rien). Et tant qu’à faire, le running, très en vogue comme activité solitaire en 2020, avait déjà un nom, c’est la course à pied.

(*) On peut dire qu’il envoie la sauce.
(**) Oui, c’est fait exprès. C’est pour faire cool.